[le labyrinthe de la voix ] - Rochechouart (87), France | 2003-2004
Notes sur l’acte de création sonore accompagnant la diffusion de la pièce sonore le 06/08/2004 au musée départemental d’art contemporain de Rochechouart.
Je m’inscris dans la tradition de la « musique » concrète et/ou électroacoustique française avec toutefois de nombreuses nuances : mon travail porte exclusivement sur la notion d’environnement sonore (on pourrait être tenté de qualifier mes productions sonores de « musiques environnementales » - si cela n’avait pas un double sens), le paysage sonore dans lequel nous baignons quotidiennement.
En cela, j’étudie sans cesse des lieux, quelsqu’ils soient, leurs caractéritiques acoustiques, et, à travers la phonographie, je capture leur âme sonore que je m’approprie à travers les techniques de sculpture du son et de composition. Je précise que chacune de mes pièces sonores est toujours uniquement réalisée avec les sons captés in-situ, c’est un point d’honneur, fortement lié à la relation qu s’instaure entre le lieu visité et/ou la situation et moi, auquel je tiens depuis maintenant plus de 10 ans.
On m’a proposé de travailler, en août 2003, autour de la masterclass « le labyrinthe de la voix », ici, au château de Rochechouart, avec, pour thématique, « voix et paysage sonore ».
Ce fut alors, pour moi, le début d’une sorte de longue errance, qui trouve enfin une première conclusion aujourd’hui, ici.
Sur le papier, le projet était simple ; il s’agissait d’assister aux différentes séances de chant, leçons et répétitions, qui se déroulaient dans quelques bâtiments de la ville de Rochechouart, en effecter une série de prises de son (qui n’étaient qu’un simple tournage sonore) puis de composer une pièce autour de la thématique.
Mais c’était sans compter sur un fait majeur... je supportais pas ces séances de chant ! Les sons, les voix, la musique que j’entendais, m’insupportaient au possible... le soir du premier jour d’enregistrement, je rentrais chez moi avec un énorme mal de tête et un doute encore plus énorme : comment crééer, comment motiver l’acte de création lorsque le matériau n’inspire que l’ennui, le désintérêt, et plus, le rejet total ?
Je reconnais sans peine la grande virtuosité des interprêtes que j’ai enregistré et la grande difficulté de leurs exercices : mais ce que j’entends ne me parle pas, tout cela est trop loin de ma culture et de ma façon d’envisager la musique et le son en général.
Voilà donc où commence l’errance dont il était question tout à l’heure...
Je précise tout d’abord que la notion de paysage sonore en elle-même est finalement floue : on pourrait le définir par « l’écoute d’un environnement donné » (Y. Dauby) , le paysage en lui-même étant une « expérience dans laquelle tout l’être est en résonance avec ce qui l’entoure » (C. Grout) ; dans ce cadre comment y replacer la voix ?
A partir de là, j’ai élaboré une vingtaine de modèles de travail différents qui me permettaient de répondre à la commande : de la découpe lettre par lettre des séances de chant, à la suppression des voyelles (intelligibilité du signal), aux travaux sur l’acoustique pure des lieux.
J’ai aussi enregistré le paysage sonore autour de la ville de Rochechouart sur une durée de 6 mois : la ville et ses vide-greniers, la campagne et ses insectes, panoramas sonores, oiseaux et ruisseaux....
Tout au long de l’année, j’ai diversifié les pistes, consolidé les modèles en leur adjoignant une bonne dose de recherche dans les domaines de l’acoustique, du paysage, de la voix, de la phonographie, de la théorie du signal...
J’ai choisi de travailler dans un premier temps sur le filtrage des sons car je me suis souvenu de ce que disait A. Tomatis :« La voix contient uniquement les sons que l’oreille peut entendre » ; ...c’est aussi une façon de me remettre en question et de remettre en question ma façon d’écouter.
Un premier résultat, donc, ce que vous entendez, est un travail sur le filtrage (l’altération fréquentielle) des voix (harmoniques et formants) par les éléments du paysage sonore de Rochechouart et de ses proches environs.