D’une telle rencontre, on pouvait seulement redouter un manque de pénétration mutuelle des deux univers...ceux de Brume et de toy.bizarre. La qualité et la consistance de leurs travaux ont fait d’eux des références des musiques expérimentales, autant en France qu’à l’étranger. Deux univers entiers et confirmés, mais suffisamment riches pour permettre les points d’attache - une notion qui semble ne dépendre que de la bonne volonté des artistes, la flexibilité du style n’étant qu’un prétexte qui ne doit pas voiler l’intelligence de cohabitation dont chacun peut être capable. Divisé en deux parties, correspondant à l’origine des bases des morceaux, l’album témoigne aussi symboliquement de la rencontre de deux "générations" de la musique expérimentale en France. La première partie présente les morceaux de Christian Renou / Brume auxquels Cédric Peyronnet / toy.bizarre a ajouté son empreinte. Les rencontres d’ambiances sont légion dans les morceaux de Brume, entrechoquant les apparitions instrumentales, animales et humaines, sortes de collages / témoignages concrets panoramiques, dont l’effet est une redéfinition de l’imagination issue de l’écoute de telles musiques tactiles : les repères changent, les intervenants sonores échangent leurs rôles, l’effet est psychédélique au sens stricte du terme... le centre de gravité est en constant déplacement. On ne peut qu’imaginer comment les deux musiciens ont travaillé mais il est difficile de détecter exactement l’apport de toy.bizarre. Des écoulements et des craquements, des souffles liquides rappellent son univers. Autant d’éléments présents également sur le deuxième partie du disque, "ses" morceaux, ceux dont il a apparement fourni la structure. Là encore, on ignore le système de collaboration mais les approches habituelles de Cédric Peyronnet sont présentes, les ronflements, les avalanches de crépitements, une organisation minutieuse et pourtant chaque fois réamorcée, l’impression d’être en aveugle dans une salle des machines où toute mécanique est vivante. A peine quelques sons plus pleins, plus polyphoniques ainsi que de rares inserts de percussions plus acoustiques viennent-ils matérialiser l’incursion de Brume. Ce qui confirme, malgré la grande qualité de chaque morceau in esse, leur manque de perméabilité suivant l’idée que l’on se daisait d’une telle entreprise. Ainsi, plutôt que de véritables cohabitations, il s’agit apparement d’invitations sur des structures à l’identité forte. On regrettera alors seulement que l’imprégnation réciproque n’ait pas été plus conséquente, que le bouleversement n’ait pas été plus radical, à moins que cette réserve ne soit tout simplement une marque de respect mutuel. D.B. in Fear Drop n°7, 2000