Par Yannick BLAY
> Toy Bizarre s’est formé en 1985 ? Par qui ? A Limoges ?
Oui en 1985, mais sous une forme totalement informelle. Il s’agissait plus d’un noyau de personnes qui étaient autour de moi à ce moment là, autour de quelques instruments, instruments au sens très large (Tôles, radio, magnéto..). TB est né dans le village où vivent mes parents, soit un village, à l’époque, d’une trentaine d’habitants à 40 km au nord de Limoges. Ce projet a été un moyen de me sortir du trou dans lequel je me trouvais .
> TB est devenu un projet solo à partir de 1991 ?
Grosso-modo oui - juste après kdi dctb 001 qui était encore le résultat d’un travail plus ou moins en duo. Je regrette souvent de devoir travailler en solo, car les différentes collab. que j’ai pu faire ont été enrichissantes, mais j’ai un caratère trop mauvais pour envisager les travaux conjoints sur du long terme.
> Quelques explications sur le code Kdi dctb ?
Il s’agit juste d’un moyen de numéroter mes projets (Dont tu trouveras la liste sur le site www.ingeos.org). A l’origine je n’aimais pas trop donner des titres, alors la solution numérique était la bonne. Quant au "kdi dctb" c’est un vieux truc qui est resté aussi. Cela a une signification, mais je ne veux pas en parler.
> Te sens-tu plus proche de la musique concrète ou de la musique industrielle ?
A l’origine plus proche de la musique industrielle car j’ai commencé par cela : batir des mix de boucles de verre cassé, de tôles raclées et de modulations de la bande AM sur lesquels je jouais de la basse electrique :) Je ne me sens pas trop proche de la musique concrète sous sa forme française que je trouve beaucoup trop souvent héritée d’une sorte de musique classique trop appliquée. Je trouve que les américains par exemple ont su trouver une forme différente et plus libre qui m’intéresse beaucoup plus.
> As-tu des images précises dans la tête lorsque tu composes un morceau ?
Oui, forcément puisque mon concept depuis le début est de composer & travailler uniquement avec des sons captés sur site. Donc au moment de composer, la période de captation (prise de son) me revient fortement en tête, etc.. Lorsque j’envisage le travail sur un live, mon attention porte plus particulièrement sur le caractère de masse sonore que peut prendre le son lorsqu’il est diffusé à fort volume sonore et dans de grands espaces : je résonne alors souvent en terme de couleurs.
> J’étais déçu par l’aspect visuel de ta performance au Tryptique même si j’ai adoré la musique de bout en bout. Je m’attendais à des micros ou capteurs un peu partout reliés à des instruments bizarres et “ homemade ”. N’as tu pas fait ça par le passé ? J’avais entendu parler de rotophone ( ?) et de cables métalliques tendus mis en résonance par des moteurs électriques ...
Au Tryptique tu n’as pas eu de chance car habituellement pour ce genre de concerts en configuration "rock" (Une scène /un musicien sur scène / le public en face de la scène ...) j’utilise un oscilloscope, dont l’image est projetée sur grand ecran et qui donne une "image" du son en temps réel (cela renforce l’attention au son), mais ce jour là, mon oscilloscope était en panne... D’autre part, ce genre de configuration (scène/public) n’est pas idéale pour la mise en oeuvre des dispositifs dont tu parles et la façon dont j’envisage le live. J’ai en effet utilisé de tels trucs en live (Capteurs, micro, dispatch, convertisseurs lumière/fréquence, végétaux, etc...).
> Par contre, bien que ta musique soit sur ordi, il semble évident que tes sons soient enregistrés et créés par tes propres soins. Peux-tu me dire comment tu procèdes ?
Comme je te l’ai dit, mon point de départ c’est la visite d’un site (au sens large) et l’enregistrement des sons que j’y entends, qui m’en paraissent représentatifs. Je fais donc un gros travail sur la captation sonore qui porte sur l’acoustique (Microphone => l’ambiance du lieu, les détails sonores du lieu) mais aussi beaucoup sur le vibratoire (Capteurs => les "sons cachés", les sons que l’on entend pas sans "révélateur") et aussi sur le magnétique (Capteurs => perturbations electiques ou electromagnetiques).
Les sons sont ensuite re-sculptés avec les moyens disponibles (avant c’était le bon vieux magnéto à bande, maintenant c’est le numérique qui prédomine mais j’effectue encore des traitements purement acoustiques).
Lorsque je re-sculpte les sons c’est pour en faire ressortir de petits détails ou bien pour accentuer la prédominance d’un élément (une fréquence, un rythme, etc.).
> Qui est Roel Meelkop ? Qu’avez-vous fait ensemble exactement, artistiquement parlant ?
Roel jouait avant dans THU20 un groupe hollandais des années 90 qui improvisait pas mal dans le domaine electroacoustique. On les a un peu oubliés, dommage car ce qu’ils ont fait a été le point de départ de pas mal de choses que l’on entend aujourd’hui (Je pense à l’école "silencieuse"). Il joue aussi avec Kapotte Muziek. Ses travaux solo sont assez extraordinaires.
Nous avions apprécié nos travaux respectifs et nous avons collaboré sur un CD (sorti sur kaon) par échange de sons et procédé du cadavre exquis. Nous avions prévu plusieurs fois de jouer ensemble sur le même principe mais la malchance nous poursuit car chacun des concerts que nous devions faire ensemble a tourné court d’une manière ou d’une autre. En conséquence Roel a utilisé pas mal de mes sons sur un CD sorti sur LIne. Je ferai de même sous peu.
> Une de tes K7 a été éditée avec une nouvelle de ta création. Peux-tu m’en parler ?
kdi dctb 002 : un projet "inverse" dans lequel j’ai "composé" à partir du texte. Le son était une sorte d’illustration de cette nouvelle. C’était un bon exercice :)
> Projets parallèles ?
Plus trop, par manque de temps, et je préfère maintenant me concentrer sur mes projets qui ont pris un retard phénoménal.. Je collabore de temps en temps avec le collectif Oreille Electronique sur différents projets.
J’effectue aussi quelques actions à caractère pédagogique sur l’éveil au son et le travail avec l’audionumérique.
> Projets futurs ?
Concernant les disques à publier : des tonnes et j’ai du retard.. Je travaille surtout sur des projets d’installation ou plutôt d’expositions sonores Un exemple d’expo sonore récente.
> Prochain disque ? Titre ?
Si tout va bien dans les 6 mois qui arrivent :
"kdi dctb 028" devrait voir le jour sous peu, suivi de "kdi dctb 126" et de "kdi dctb 151"